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Un recul de plus en plus inquiétant au Sénéga

De la liberté du renard libre dans le poulailler libre 
 
 
Le libéralisme ne consacrerait-il pas la liberté du renard libre dans le poulailler libre ? Des économistes de renom ont non seulement défendu le libéralisme, mais ont affirmé la prédominance de cette pensée et œuvré pour sa primauté dans l’économie mondiale.  
Le capitalisme ne s’est pas contenté d’exister. Qualifié de sauvage, il a tout bouleversé, jusqu’à nos modes de vie. Le mur de Berlin s’est effondré à force de résister. Les Républiques socialistes et soviétiques se sont désunies. Plus rien, en face, n’offre de résistance. Reste-t-il encore un pays vraiment non aligné dans ce qui, jadis, était appelé avec fierté le Groupe des 77 ? Le choix n’est guère étendu et, n’ayant plus l’embarras du choix, il ne reste plus que le choix de l’embarras.  
‘L’unipolarisme’ s’impose avec des styles différents selon le locataire de la Maison Blanche et vint Barack Obama pour prouver que l’Amérique peut avoir du bon. Qu’elle a surtout du cœur, cette Amérique dont on commençait à désespérer. Dieu la bénisse pour cette belle leçon de démocratie et de tolérance, voire d’acceptation des différences. Voilà pourquoi nous devons tous aider Obama à réussir sa mission, pour ne pas favoriser le retour des faucons et autres va-t-en-guerre.  
L’héritage que son prédécesseur lui a laissé est trop lourd : crise économique et sociale, augmentation du nombre des ennemis des Etats-Unis d’Amérique, passage du statut de terrorisés à celui de terroristes, ouverture de fronts supplémentaires.  
La crise financière est tellement ressentie que les gros maigrissent tandis que les maigres meurent. Plus personne n’ose défendre le libéralisme qui a conduit au libertinage financier, social et culturel. Toutefois, certains écrivains, artistes, universitaires et autres intellectuels ont investi un nouveau filon : protecteurs non pas de leur corporation, mais plutôt défenseurs de celui qui a les moyens de se défendre comme un grand, à savoir le Prince (Etat, gouvernants). Nous avons l’honneur d’avoir avec nous, sur notre sol, un écrivain ambassadeur qui vient d’être admis à l’Académie française et que nous ne manquerons certainement pas d’honorer dans les meilleurs délais, comme on l’a souvent fait avec quantité d’autres gens de lettres. Peu importent les idées de chacun, c’est d’abord la littérature qui nous réunit. Et le poète et l’écrivain et l’artiste sont d’abord et surtout des personnes libres, souvent provocatrices, presque jamais collaboratrices, supportant difficilement la compromission. Un peu plus loin de nous, Jean-Paul Sartre, Albert Camus, Emile Zola dans ‘J’accuse’ notamment et Aimé Césaire parmi d’autres sont des exemples à méditer pour la compréhension du rôle de l’écrivain et de l’intellectuel dans la société, surtout en période de crise.  
Doit-on s’abstenir d’interpeller, ou tout simplement de poser des questions, de susciter un débat, de constituer un frein à toute dérive, de s’interposer en sentinelles de la liberté et de la démocratie ? Peut-on rester écrivain, artiste ou universitaire la peur au ventre, cette peur de déranger ? Celle-ci entraîne inévitablement l’autocensure. Comment ne pas s’émouvoir face à l’attitude d’un garnement, supposé pompier mais devenu pyromane rongé par la haine, la violence dans les veines, bête et méchant au point de prendre la ferme résolution de brûler vif quasiment tout le staff d’un parti politique adverse ? Et si dans les rangs de ceux-ci devait sortir un futur chef d’Etat ? Ah, la bêtise humaine.  
La même attitude viendrait d’un camp adverse avec l’intention d’attenter à la vie du chef de l’Etat et de ses proches collaborateurs que nous la condamnerions avec la même détermination. Est-ce que ‘qui ne dit mot consent ?’ Si, d’aventure, il avait les pleins pouvoirs que ne ferait ce garnement, pyromane malicieux et maléfique, qui ‘confond délibérément’ bidon d’eau et bidon d’huile ? N’avait-il pas quelque chose de mieux à retenir de celui dont il se réclame ? Il a certainement et normalement dû lui faire honte, tout comme la honte et l’indignation doivent habiter tout Sénégalais, tout être humain devrait-on dire, de quelque bord qu’il soit. Pour notre part, si c’est à ce résultat que devait mener la politique, que Dieu nous garde d’en faire. Elle ne devrait qu’être émulation dans l’arène, que disons-nous, dans l’amphitheatrum du mieux faire.  
Personne ne nous a ôté la parole à nous autres, mais nous ne voulons pas la prendre jusqu’à ce qu’arrive notre tour d’être victime. Pour ceux qui savent, faire comme si de rien n’était serait la pire forme de lâcheté face aux extrêmes dérives.  
Mais alors, faire quelque chose devient impératif. L’on pense tout d’abord à mettre un terme à l’impunité, cause d’autodéfense, voire de vengeance. Qu’est-ce qui peut se passer dans la tête de quelqu’un qui échappe de justesse à un attentat perpétré par un insolent petit fou aux instincts sanguinaires et qui s’en glorifie, si ce dernier devait continuer à les narguer ? Restons respectueux les uns des autres et, surtout, de la vie des autres. Monsieur le Procureur, Monsieur le juge, pour vous protéger d’un éventuel protecteur du pyromane, voilà un argument de taille : l’empêcher de voir le soleil serait une façon de le protéger de représailles sous la forme d’une expédition punitive. On ne peut pas demander aux victimes de continuer à tendre l’autre joue.  
A défaut d’une punition exemplaire parce que dissuasive provenant de la justice des hommes, assortie d’une peine privative de liberté, il serait assurément légitime de terroriser les terroristes, ne serait-ce que pour les empêcher de nuire. Si rien n’est fait pour protéger les victimes, pourquoi protéger davantage les coupables ? Leur liste est connue et ils feraient mieux de se tenir à carreaux parce que trop visibles et plus exposés que quiconque. Tout le monde les connaît, mais ils ne connaissent pas tout le monde. C’est le monde à l’envers et le Sénégal, pour sa part, serait tombé sur la tête, car c’est plutôt les opposants et autres citoyens qui devraient avoir plus de raisons d’être belliqueux et non l’inverse. Le pauvre garçon qui fait l’actualité, n’est pas entré dans l’histoire de la meilleure des façons. L’on s’en souviendra tristement. Après le grand fou, le petit fou. Malheur à ceux qui fournissent des allumettes aux fous et aux enfants. Pardonne-leur mon Dieu, ils ne savent pas ce qu’ils font.  
En agissant comme ils le font, en campant le décor de la violence et en en donnant le coup d’envoi, s’attaquant sauvagement aux familles des autres, ces barbares et politiquement incultes exposent leurs propres familles. Est-ce que l’appartenance politique aurait plus de valeurs que toutes les autres appartenances réunies, à savoir l’appartenance à une même famille, à une même religion ? Que faire de notre appartenance à un même Etat ? Pensent-ils seulement à leur situation dans le moyen et le long termes ? Leur supposé protecteur sera-t-il toujours là, avec sa toute puissance ? Gare à la vindicte populaire, au lynchage auquel peut pousser le ras-le-bol. Voilà qu’à la crise du libéralisme s’ajoute, au Sénégal et pour toute réponse, un accès de violence dont on ferait volontiers l’économie.  
En Afrique, l’Etat s’est tellement délesté de sa mission qu’il en est devenu nu, tirant, du coup, le pagne de la solidarité et de la pudeur qui enveloppait naguère les agents économiques que sont les entreprises et les ménages. Quand il se retire de certaines sociétés nationales, c’est pour laisser la place à des privés étrangers, nos capitalistes locaux ne disposant pas d’assez de capitaux. Or comment parler de capitalisme sans capital ?  
L’Occident, chantre du libéralisme, applique, ô suprême paradoxe, le protectionnisme avec une forte dose de subventions, quand ses intérêts le recommandent. Après l’esclavage et le colonialisme, il revient par ses entreprises nous retirer de la bouche le peu que nous étions en train de grignoter. Si on y ajoute l’intimidation ou l’emprisonnement des capitaines d’industrie, à ce rythme, aucun Sénégalais ne se risquera à être entrepreneur. L’Etat crée de moins en moins d’emplois. A défaut d’encourager ceux qui en créent, qu’il ne les gêne pas. Si la tendance poursuit son cours, les seuls boulots qui resteront : politiciens sans autre qualification, artistes, poètes et écrivains ‘désengagés’ ou seulement du côté du prince quel que soit le régime en place, footballeurs, lutteurs ou commerçants (acheter pour vendre). Ces derniers sont fort utiles, mais ’si tout le monde danse, qui va applaudir ?’  
Au Sénégal, ceux qui investissent le font plus dans la pierre sans incidence sur la création d’emplois même si, par ailleurs, l’on devine qu’ils puissent craindre, parfois à tort, une certaine insécurité judiciaire dans le domaine des affaires. Le revenu se rétrécit comme une peau de chagrin, l’épargne fond comme beurre au soleil. Or, comment investir sans épargne et comment faire tourner l’économie sans investissement ?  
L’épargne intérieure doit être mobilisée. Une politique fiscale incitative alliée à une lutte contre l’inflation peut aider à y parvenir. L’Etat doit jouer un minimum de rôle social au lieu de laisser le marché, donc la concurrence tout régler. S’il abdique, les plus faibles seront laissés à la merci des plus forts. Ce sera l’avènement de ‘la liberté du renard libre dans le poulailler libre’.  
Le patriotisme économique, la préférence nationale, doivent être de rigueur face à des choix économiques majeurs, si tant est que les nationaux, pris individuellement ou en groupe, sont en mesure de présenter une offre de qualité et en quantité suffisante. Les investisseurs étrangers seront les bienvenus dans la mesure où leurs activités produisent des retombées bénéfiques au Sénégal, en dehors du traditionnel rapatriement quasi intégral des bénéfices générés. Un partenariat gagnant/gagnant est toujours possible.  
Le capitalisme, pour rebondir après ce naufrage auquel il a conduit le monde, est obligé de faire quelques emprunts au socialisme démocratique qui a su tenir compte du social, plaçant l’homme au centre de tout dispositif. Les institutions de Bretton Woods font acte de repentance en corrigeant l’idée qu’elles se faisaient de l’aspect social dans leur politique d’appui au développement. Il n’est pas trop tard pour bien faire et faute avouée est à moitié pardonnée, dit-on. L’humilité ne commence-t-elle pas par la reconnaissance de ses propres fautes et insuffisances ? Plus que jamais les principes de solidarité, de justice sociale et de progrès, cumulés avec la liberté d’entreprendre, ce que le libéralisme a de meilleur, doivent guider les Africains. Serait-ce là, la nouvelle tendance appelée libéralisme social ? Le socialisme démocratique doit bien en sourire. Les maigres moyens de la grande majorité des populations ne lui permettent pas encore de se suffire à elle-même.  
Biram Ndeck NDIAYE  
Rapport Fij 2009 sur la liberté de la presse en Afrique : Un recul de plus en plus inquiétant au Sénégal  
Le bureau Afrique de la Fédération internationale des journalistes (Fij) publie son rapport 2009. L' année passé a été sombre pour les médias sur le continent. Treize journalistes y ont trouvé la mort et 32 confrères se sont retrouvés derrière les barreaux. Au Sénégal, la liberté de la presse connaît un ‘recul de plus en plus inquiétant’.  
 
Le Sénégal qui a toujours occupé ‘une place enviable’ en matière de liberté de presse en Afrique, régresse à cause ‘de la récurrence des attaques contre des groupes de presse par des personnes identifiées’. Dans son rapport annuel publié le 21 janvier 2010, le bureau Afrique de la Fédération internationale des journalistes (Fij) dénonce le fait que la justice sénégalaise n'ait pas traité ces dossiers avec ‘célérité malgré certaines évidences’.  
L'emprisonnement de deux correspondants de presse durant deux semaines, la suspension momentanée de radios communautaires et les menaces de fermeture des chaînes de télévision ‘pour publication de résultats d'élections locales défavorables au parti au pouvoir’ justifient également le ‘recul de plus en plus inquiétant’ du Sénégal. L'Afrique de l'Ouest n'est pas épargnée par le rapport de la Fij. La Gambie, La République de Guinée et le Niger sont les pays qui respectent moins la liberté de la presse dans la sous-région.  
D'une manière générale, l'année 2009 a été sombre pour les journalistes du continent. Le bureau Afrique (Fij) révèle que 13 professionnels des médias y ont perdu la vie l'année dernière. Dans ce lot de morts, l'Afrique de l'Est compte plus de victimes avec neuf journalistes tués en Somalie par les milices armées. Cette zone enregistre également le plus grand nombre de journalistes derrière les barreaux. Selon le rapport de la Fji, 19 des 32 journalistes arrêtés en Afrique sont emprisonnés en Erythrée. Le document évoque aussi ‘des menaces, des intimidations et d'actes de violence contre des journalistes’.  
L'Afrique du Nord semble être la région la plus distinguée pour ces formes de répression. La Fij constate que la tension entre la presse et le pouvoir est devenue ‘préoccupante’ en Tunisie. L'insécurité qui règne dans l'est de la République démocratique du Congo inquiète la Fédération internationale des journalistes pour qui l'impunité reste une ‘équation à résoudre’ dans ce pays d'Afrique centrale.  
Yacine CISSE (WALF) 
SÉNÉGAL : NECESSITE D’UNE TROISIEME FORCE POLITIQUE POUR CONSTRUIRE LE PAYS. 
Les présomptions sont bien fortes qu‘il existe un projet pour organiser une élection présidentielle anticipée, maintenant que le gouvernement prend l’initiative de modifier certaines dispositions du code électoral, en invitant les partis politiques à prendre part à une discussion allant dans ce sens, alors que nous sommes à plus de deux années du scrutin le plus proche, selon le calendrier républicain. 
Du côté du pouvoir, il s’agirait de ne pas attendre une plus grande dégradation de la situation économique et des conditions de vie qui ruinerait toute chance de conserver tant soit peu la confiance des populations, déjà bien entamée, comme l’ont révélé les résultats des dernières consultations de mars. 
Quant à l’opposition, elle a d’abord accepté de participer aux travaux (même si des désaccords qui pourraient être provisoires sont ensuite apparus), de manière à ne pas laisser le champ libre au pouvoir et d’être toujours en mesure d’alerter l’opinion sur d’éventuelles tentatives du gouvernement de remettre en cause l’équité et la clarté qui doivent régir les opérations électorales. Surtout, cette opposition est convaincue que le fruit est mûr et qu’il n y a qu’à attendre pour le voir tomber : il s’agit pour elle simplement de continuer de rester présente sur la scène et de maintenir la pression sur le pouvoir. 
Mais au-delà de ces manœuvres et calculs, la vraie question qui mérite d’être examinée est de savoir comment la construction du pays, qui n’a que trop souffert de l’incapacité des grands partis à réellement prendre en mains son développement, peut désormais s’envisager, dans le respect de la démocratie et des valeurs républicaines. 
La conviction est à présent assez largement partagée qu’une troisième force s’avère nécessaire, pour mettre un terme à la logique qui a jusqu’ici présidé au fonctionnement des institutions et pour recentrer le développement du pays autour des vraies priorités, c’est-à-dire des intérêts du plus grand nombre, et non plus d’une minorité amplement favorisée par les activités du secteur tertiaire, mais aussi par certaines grosses opérations d’investissements publics pilotées par l’Etat ou ses démembrements et dont la justification est souvent douteuse. 
Ceci étant dit, les voies et moyens de constituer ce nouveau pôle doivent être définis pour que, sans tarder, des actions appropriées puissent être entreprises. 
L’examen du fonctionnement des grands partis a révélé que ces derniers ont encore une conception coloniale de l’Etat, qui pour eux n’est qu’un instrument de domination sur un territoire et une population, pour permettre l’exploitation des ressources au profit d’un personnel politique, principalement soucieux d’assurer sa propre réussite sociale. 
Ainsi, l’Etat n’est plus un ensemble de services résolument orientés vers l’action pour favoriser l’accroissement du bien être des populations et l’augmentation des richesses du pays par le moyen du développement des productions. Au contraire il est perçu comme simplement la puissance publique incarnée par des personnes toujours enclines, pour mieux assurer leur statut, à étaler des signes d’opulence susceptible d’accroître leur prestige, c’est-à-dire, d’une certaine manière, la distance vis-à-vis de la population, et ainsi espérer imposer encore plus le respect de la part de celle-ci. 
L’Etat semble devenir en quelque sorte un patrimoine pour ceux qui le dirigent, et ceux-ci s’en cachent à peine. Car comment expliquer que le Chef de l’Etat puisse, en public, parler des fonds qu’il considère comme « ses fonds politiques », et reprocher à son ancien premier ministre de les avoir confisqués et détournés ? D’abord tout le monde est sidéré par le montant considérable des fonds en question : plusieurs dizaines de milliards, pour un pays où des hôpitaux manquent cruellement de médicaments pour faire face aux urgences ; mais surtout, l’on semble oublier que les fonds en cause sont issus du budget national, et que, même s’ils sont destinés à des emplois secrets, ils n’en sont pas moins des deniers publics, c’est-à-dire que leur détournement reste un délit qui doit être poursuivi et sévèrement sanctionné. 
De même, lorsque le chef de l’Etat promet au chef d’une confrérie religieuse de faire pour lui ce qu’aucun adepte n’a été ni ne sera en mesure de réaliser, alors qu’il s’agit simplement d’investissements publics pour une agglomération dont la taille rend ceux-ci totalement justifiés, l’on ne peut manquer de s’étonner. Tout se passe comme si ce n’était pas l’Etat qui, au moyen de son budget, entreprenait ces travaux, dans la deuxième ville du Sénégal, au profit de citoyens jouissant des mêmes droits que leurs autres compatriotes ! Comment un chef d’Etat qui agit ès qualités, peut-il se comparer à l’adepte d’une religion qui, sur ses revenus personnels, ferait des libéralités à sa confrérie ? 
Ces deux exemples ne montrent-ils pas que la conception républicaine est souvent absente du discours, sinon de la démarche des autorités ? 
Et pour mieux servir cette aspiration à la domination, les partis eux-mêmes ne sont point structurés sous la forme d’un regroupement de personnes partageant les mêmes idées, la même doctrine ou conviction autour d’un modèle rigoureusement conçu pour conduire le développement du pays. Ils sont simplement un rassemblement de personnes autour d’un chef, qui les persuade de l’appuyer pour conquérir ou garder le pouvoir, et qui leur distribue le moment venu soit des postes et privilèges, soit des prébendes sous diverses formes. C’est bien cet état de fait qui explique que, cinq décennies après l’indépendance, 60 % de la population vivent encore très en dessous du seuil de pauvreté, en dépit du volume impressionnant de ressources rendues disponibles depuis 1960. 
Quant aux institutions, elles ne représentent plus la charpente de l’Etat et à partir de laquelle s’articulerait l’action de ce dernier, dans le respect d’une stabilité et d’une permanence des règles contenues dans la charte fondamentale. Au contraire, elles sont reléguées à un statut d’instruments dont il est fait usage, simplement pour donner forme aux décisions du chef et s’il apparaît qu’elles peuvent être un obstacle, les modifications sont vite apportées pour les rendre conformes à la volonté de celui-ci. 
Ces constats ont fini de nous convaincre de la nécessité de trouver le moyen de rompre la bipolarité qui est la principale caractéristique de la vie politique au Sénégal et qui est un handicap majeur au progrès du pays, d’autant plus que, comme nous l’avons indiqué, il n’existe pas de différence fondamentale qui sépare les grands partis, leur vraie nature comme leur fonctionnement se rejoignant parfaitement. 
Il est vrai que les Assises nationales, aux termes de la charte de bonne gouvernance établie à l’issue des travaux, ont préconisé l’instauration d’un régime parlementaire qui assurerait une meilleure séparation des pouvoirs ; en même temps des dispositions seraient prévues dans la constitution, qui rendraient difficile, voire impossible, la modification des règles jugées essentielles. 
Mais, à notre avis de tels garde-fous peuvent se révéler inopérants : l’on a bien vu, en effet, qu’au Niger un président de la République, pour contourner ce genre d’obstacle, a simplement proposé une nouvelle constitution à la population qui l’a adoptée. 
En conséquence, il nous apparaît que seule une modification du rapport de forces au sein de l’organe législatif, par la présence d’un troisième pôle politique indépendant et d’un poids significatif, est susceptible d’introduire les équilibres souhaités. Une telle configuration rendrait obligatoires, sous le contrôle de l’opinion, des négociations pour aboutir à la conclusion d’accords précis pour tout projet de gouvernement, aucun parti n’ayant la possibilité d’imposer ses vues. Et l’on peut espérer que ce nouveau contexte soit de loin plus favorable à l’avènement d’une gestion de l’Etat désormais orientée vers les priorités du pays. 
Si cette troisième force devait se référer à une idéologie, celle-ci découlerait tout simplement des objectifs autour desquels s’avère désormais nécessaire la mobilisation des sénégalais. Il s’agit en effet, principalement, de conduire le développement du pays dans l’intérêt du plus grand nombre pour accroître les revenus et mettre fin à la pauvreté ; de réintroduire l’éthique dans la politique et de bannir définitivement les fraudes et les irrégularités dans la gestion des ressources publiques ; enfin de restaurer les référents culturels qui doivent structurer la société et exprimer sa vraie identité. Peut-être, y aurait- il là un nouveau militantisme du développement, orienté vers une meilleure répartition des richesses ; en somme, la recherche d’une démocratie sociale adossée à une volonté forte des sénégalais de garder et de renforcer leur propre vision du monde. 
La constitution de ce nouveau pôle ferait appel à tous les citoyens qui jugeraient les objectifs ci-dessus décrits, suffisamment pertinents pour réussir à relever le pays. 
D’abord dans l’électorat qu’on peut considérer comme traditionnel des deux familles politiques ayant eu en charge l’Etat, l’on compte de nombreux déçus qui ne manqueront pas de s’intéresser à une nouvelle démarche. 
D’autre part, il est apparu un important écart entre le nombre de sénégalais inscrits sur les listes électorales et les votants, lors des différents scrutins qui se sont déroulés depuis plusieurs années ; les partisans de l’abstention se chiffrent en moyenne, à plus de deux millions et demi de personnes (soit 50 % du corps électoral) et l’explication de cette situation n’est pas à rechercher ailleurs que dans la défiance des populations vis-à-vis des partis. 
Mais il est aussi nécessaire d’inviter les organisations de la société civile à se remettre en cause, à s’interroger sur le bien fondé de la conception qu’elles ont de leur rôle dans la cité : peuvent-elles continuer à se limiter à une action de veille et d’alerte, quand le pays qui vit une situation d’urgence, a besoin de l’implication de tous les patriotes dans l’action pour vaincre les difficultés ? Il serait parfaitement concevable, à notre avis, que ces organisations, même en restant ce qu’elles sont, laissent naître de leurs flancs un parti qui serait pour elles un bras politique et apporterait un supplément d’efficacité dans la défense des différentes causes. 
L’on a bien vu, d’ailleurs, le mouvement associatif pour la protection de l’environnement, se transformer dans plusieurs pays en parti politique, sous l’appellation des « Verts ». Ce mouvement a probablement compris que l’écologie politique pouvait obtenir davantage de résultats dans la préservation de la nature, en influençant directement les décisions qui sont prises dans ce domaine, grâce à sa présence significative dans les parlements. 
D’un autre côté, lorsqu’on examine le paysage politique du Sénégal, on constate que certains partis se distinguent des autres par leur orientation résolument patriotique, cette ligne les ayant tenus longtemps à l’écart de la gestion du pays. Ces partis pourraient être invités à rejoindre ce nouveau pôle, leur intransigeance dans la défense des intérêts nationaux n’ayant jamais fléchi. 
Voilà dessinés les contours de la nouvelle force. 
Le débat est ouvert et nous espérons prochainement enregistrer les avis et positions des uns et des autres, de manière à ce que par un tel échange, ce projet soit enrichi, affiné, voire réajusté. 
Sidy DIOP Convergence Patriotique www.lesenegaldabord.com 
 

 

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